L’ex-président Kumba Yala entre officiellement en campagne électorale
BISSAU, 29 mai (AFP) - L’ex-président Kumba Yala, candidat du PRS (Parti pour la rénovation sociale) à la présidentielle du 19 juin en Guinée-Bissau, a officiellement lancé sa campagne dimanche à Bissau. "A partir d’aujourd’hui, je vais me rendre à l’intérieur du pays et débuter ma campagne pour l’élection du 19 juin", a déclaré M. Yala qui, jusqu’à présent, demandait le report de l’élection et entretenait le doute sur sa participation. "Nous sommes convaincus que tout ce que nous avons réalisé jusqu’à présent a été un succès malgré les nombreux obstacles qui ne nous ont jamais découragés", a-t-il ajouté. M. Yala a fait cette déclaration devant une centaine de partisans, essentiellement des jeunes, réunis dans la cour de l’ancien siège du PRS, l’actuel ayant été saccagé le 25 mai par des manifestants en représailles d’une tentative présumée de coup d’Etat de M. Yala la veille. Au sujet de l’enquête criminelle ouverte vendredi par le procureur général du pays suite à l’occupation mercredi pendant quatre heures du palais présidentiel par M. Yala, l’intéressé a assuré à l’AFP : "Cela ne me dérange pas".
La loi électorale protège en effet l’ex-président, qui ne peut être inculpé avant la fin de la campagne électorale, tous les candidats bénéficiant d’une immunité pendant cette période, sauf en cas de flagrant délit. Selon une note du procureur Octavio Alves, Kumba Yala est accusé d’avoir "violé" l’enceinte de la présidence, "mettant ainsi à exécution sa déclaration du 15 mai dans laquelle il s’était auto-proclamé président de la République". Kumba Yala a nié avoir voulu fomenter un coup d’Etat comme l’en ont accusé le président Henrique Rosa et l’Union africaine (UA). Le 15 mai, il avait annoncé qu’il se considérait toujours président et s’était prononcé pour un report de l’élection présidentielle qui doit mettre fin à des institutions de transitions mises en place après son renversement en septembre 2003. La campagne électorale en Guinée-Bissau doit prendre fin le 17 juin, soit deux jours avant le premier tour d’une l’élection pour laquelle pas moins de 17 candidats ont été retenus.
Bissau : le parti de Kumba Yala demande le report de la présidentielle
BISSAU, 27 mai (AFP) - Le Parti pour la rénovation sociale (PRS) de l’ex-président de Guinée-Bissau, Kumba Yala, a demandé vendredi le report de l’élection présidentielle prévue le 19 juin, affirmant que les conditions ne sont pas réunies pour la tenue du scrutin. "Nous appuyons fermement l’idée du (président sénégalais Abdoulaye) Wade de reporter l’élection à une date ultérieure", a déclaré Sola N’Quilim, vice-président du groupe parlementaire PRS, lors d’une conférence de presse à Bissau. "Le parti se prononcera ultérieurement sur sa participation", mais actuellement, "les conditions matérielles ne sont pas réunies" pour la tenue
de l’élection, a-t-il ajouté. Plus tôt vendredi, le président de la Commission nationale électorale (CNE), El Hadji Malam Mané, avait expliqué à l’AFP que les moyens étaient "suffisants pour faire démarrer la campagne" samedi. Les autorités bissau-guinéennes ont chiffré à deux milliards de francs CFA (trois millions d’euros) la somme nécessaire à la préparation et au bon déroulement des opérations de vote. Jusqu’à présent, les bailleurs de fonds ont déjà réglé plus des trois-quarts de cette somme, selon la CNE.
Mercredi, le président sénégalais Abdoulaye Wade, médiateur dans la crise en Guinée-Bissau, avait proposé un report d’au moins deux mois de l’élection présidentielle pour "éviter de tomber dans les mêmes pièges qu’au Togo", où le résultat de l’élection présidentielle a été contestée par l’opposition. La campagne électorale va débuter trois jours après une brève occupation du palais présidentiel mercredi à Bissau par Kumba Yala et un groupe de militaires, action qualifiée par l’Union africaine "de tentative de coup d’Etat". L’organisation de cette élection fait partie du processus de transition mis en place après le renversement de Kumba Yala en septembre 2003. Ce dernier, qui se prétend toujours président du pays, souhaite également le report du scrutin.
Famine au Niger : manifestation pour une distribution gratuite de vivres
NIAMEY, 28 mai (AFP) - Une manifestation aura lieu le 2 juin à Niamey pour "exiger la distribution gratuite" de vivres aux victimes de la famine au Niger, a annoncé samedi la Coordination démocratique de la société civile du Niger (CDSN), organisatrice de la manifestation.
"Plus de 4 millions de Nigériens sont victimes de la famine. Des milliers d’hommes ont fui leurs villages pour se réfugier dans des villes, abandonant femmes et enfants à leur triste sort", indique un communiqué du CDSN. "Pendant ce temps, le régime en place fait la sourde oreille, sanctionne ceux qui parlent de la famine et s’entête à vouloir vendre des vivres à des populations appauvries", dénonce la coordination. Kassoum Issa, coordinateur national de la CDSN, a précisé que la manifestation prendra la forme d’une marche suivie d’un meeting Place de la concertation, située devant le siège de l’Assemblée nationale. Depuis plusieurs mois, la famine sévit dans de nombreuses régions, principalement dans l’est, le nord et l’ouest du Niger, dont plus de 80% des quelque 11 millions d’habitants vivent de l’agriculture de subsistance. En raison de la sécheresse et d’une forte invasion acridienne, ce pays sahélien a accusé un déficit céréalier de 223.448 tonnes à l’issue de la campagne 2004, d’après des statistiques officielles. Fin févirer 2005, le Système national d’alerte précoce (SAP, gouvernemental) a évalué à plus de 3,3 millions le nombre de personnes étant confrontées aux pénuries alimentaires au Niger. Pour atténuer les effets pervers de la crise qui est doublée d’une flambée des prix des céréales, les autorités ont lancé une opération de vente à "prix modérés" de 67.000 tonnes de céréales dans les zones sinistrées. L’Onu, qui a annoncé une aide d’urgence pour le Niger, a indiqué que la crise touche surtout les enfants dont 150.000 sont victimes de malnutrition grave sur environ 800.000 âgés de moins de 5 ans.
Les populations du nord du Mali en lutte contre la faim (REPORTAGE)
par Serge DANIEL
DRIMBE (Mali), 28 mai (AFP) - Entouré de sa progéniture, Djaoudi Tamboura, notable du village malien de Drimbé, dans le nord du Mali, montre le grenier familial, vide : "Voilà ! Il n’y a rien à manger. C’est le résultat de la mauvaise pluiviométrie et de l’invasion acridienne", lâche-t-il, impuissant. Selon le commissariat à la sécurité alimentaire, avec un déficit céréalier net prévisionnel de 347.010 tonnes pour la campagne agricole 2004-2005, un million de personnes sur l’ensemble du territoire malien n’ont pas assez à manger, soit 10% de la population du pays. Drimbé, à 800 kilomètres de Bamako, est niché dans la région de Mopti, qui abrite 43 des 101 communes du pays "en difficulté alimentaire". "L’an dernier, j’ai récolté près d’une tonne de céréales. Cette année, seulement sept kilos...", se lamente Tamboura. Dans plusieurs autres villages de la région désertés par les jeunes qui ont fui la disette, les greniers sont tout aussi vides. Dans les cours, des enfants mal nourris gambadent, quelques maigres moutons marchent nonchalamment, des femmes pilent du mil. Mais il n’y en a pas assez pour tout le monde, alors on remplit le mortier de fruits provenant d’arbustes sauvages. Deux fruits sont utilisés comme "compléments d’aliments" dans la région : le premier est trempé une semaine dans l’eau avant sa consommation, "pour diminuer" son acidité, le deuxième est extrait des cram-cram, arbustes sauvages, hérissés d’épines. "Ce mélange plutôt bourratif entraîne automatiquement une diarrhée", commente un infirmier. Dans la commune de Korombana, à une centaine de kilomètres de Mopti, chef-lieu de la région, la situation alimentaire est très mauvaise et plusieurs habitants ne mangent désormais plus qu’une seule fois par jour. Jean, père de douze enfants, a vendu sa bicyclette. D’autres vendent leurs animaux pour survivre, ou bien s’endettent pour nourrir la famille. "Je ne tiendrai pas longtemps. C’est dur, très dur pour moi et pour les autres", affirme Jean. Le plus difficile, explique un paysan, c’est que la période de soudure avant la prochaine campagne agricole dure trois mois. Il est confronté à un
dilemme : faut-il garder les stocks de semences pour cette campagne à venir, ou les consommer dès maintenant ? Son voisin, Ankoy, a vite fait son choix. Sa nouvelle épouse de 15 ans risque de le quitter si elle n’a pas à manger. Alors, le stock de semence est passé dans la casserole.
Dans la cour vide d’un hameau voisin, un chien aboie. Son maître sort, on l’appelle "Le Vieux". Depuis une semaine, il a envoyé sa famille chez son cousin plus au sud. Là-bas, il y a encore à manger, du poisson. Lui, il se contente de quelques fruits, après, il "verra, grâce à dieu". Le vrombissement d’un véhicule le laisse indifférent. C’est pourtant une des petites Organisations non gouvernementales locales (ONG) qui fait la ronde pour évaluer les besoins des populations. "Il n’y a rien à évaluer. Il faut distribuer tout de suite gratuitement des vivres, comme le fait le gouvernement", dit "Le Vieux". Le gouvernement a prévu dans un premier temps la distribution gratuite de 20.000 tonnes de céréales dans les 101 communes du pays les plus touchées. Une action indispensable, le déficit céréalier, lié à la mauvaise pluiviométrie et à l’invasion des crickets pèlerins ayant entraîné une flambée des prix des denrées de première nécessité sur les marchés. Les enfants sont parmi les plus menacés par les pénuries : selon une enquête nutritionnelle d’Action contre la faim (ACF), dans la région de Kidal (nord-est), un enfant sur trois âgé de moins de cinq ans souffre "de malnutrition aiguë". Pour les sauver d’une catastrophe annoncée, ACF installera à partir de juin, dans les régions nord de Gao et Kidal, des "centres de nutrition supplémentaires" pour nourrir les plus faibles, âgés de zéro à cinq ans.
Vingt-huit personnes blessées dans des violences inter-religieuses au
Nigeria
KANO (Nigeria), 29 mai (AFP) - Vingt-huit personnes ont été blessées lors de violences entre communautés chiite et sunnite dans la ville de Sokoto (nord), a annoncé dimanche un porte-parole du gouvernement local, Mustapha Shehu, qui a également démenti qu’une personne ait été tuée. Un responsable musulman chiite a déclaré que l’un de ses compagnons avait été tué pendant une bagarre qui avait été déclenchée samedi entre les chiites et un groupe de gens dans la ville. "Il y a eu des escarmouches dans la partie ancienne de la ville entre des chiites et d’autres personnes. Selon le rapport de police dont nous disposons, les combats ont éclaté quand les chiites sont allés inspecter leur séminaire, incendié il y a deux semaines", a précisé le porte-parole à l’AFP. "Selon le rapport, les chiites étaient armés, ce qui a mis en colère les gens qui les ont alors attaqués", a-t-il poursuivi. "Vingt-huit personnes ont été hospitalisées, souffrant de diverses blessures, tandis que la police a arrêté 25 personnes en relation avec les affrontements", a-t-il ajouté. Le leader chiite Kassim Sanda a, lui, indiqué que sa communauté avait perdu l’un de ses membres lors des combats. "L’un de nos membres a été battu à mort. Même ma maison a pris feu", a-t-il ajouté. Selon lui, l’attaque a été déclenchée en raison d’une récente déclaration du gouverneur de Sokoto, Attahiru Bafarawa, qui avait dénoncé les membres de la communauté chiite, les accusant d’avoir fomenté les précédentes violences survenues dans l’Etat. Au moins deux personnes avaient été tuées et plusieurs maisons, dont un séminaire, avaient été incendiées lors d’affrontements entre les chiites et leurs principaux rivaux, les sunnites, il y a deux semaines. Ces violences surviennent pour la troisième fois depuis trois mois entre les deux communautés à Sokoto, ville qui s’ennorgueillit d’être le siège du Califat de Shehu Danfodio, qui avait à partir de 1804 unifié de force la plus grande partie du nord du Nigeria. En février dernier, trois personnes avaient été tuées lorsque les sunnites avaient attaqué la communauté chiite dans la même mosquée, et en avril une attaque contre un cortège chiite célébrant l’anniversaire du prophète Mahomet avait fait de nombreux blessés. |