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communique 26 avril 2005
 

La douane a levé le lièvre. La police prend la suite et s’efforce de coincer tout le réseau

Penser que nous pourrions être à l’abri des trafics d’armes qui empoisonnent la sous-région, c’est faire trop vite fi de l’interdépendance des pays qui nourrit une pernicieuse contagion prenant sa source dans les États qui connaissent des troubles. La violence qui a déstabilisé l’Afrique de l’Ouest a drainé vers notre pays un flux important d’étrangers parmi lesquels, | malheureusement, des personnes de moralité douteuse, des soldats de fortune ou des criminels endurcis. Ces malfaiteurs, familiers des trafics en tous genres, excellent à se procurer des documents d’Etat civil nationaux, à se faire passer pour des Maliens et commettre des actes délictueux.

DES ARMES ET DES MUNITIONS : Récemment, le commissaire du 11è arrondissement de police de Bamako, Balla Diakité, avait refusé d’établir une carte d’identité nationale à un homme qui portait pourtant sur lui des documents signés d’une autorité municipale. Le policier qui s’était longuement entretenu avec notre candidat à l’acquisition de la pièce, s’est aperçu que l’homme s’exprimait mal en bambara. Il lui a alors demandé sa région d’origine. Sans soupçonner le piège, l’homme |lança "Tombouctou" en précisant qu’il était né à Bamako. Le policier lui fit remarquer qu’il ne comprenait pas qu’une personne née à Bamako ne puisse pas s’exprimer correctement en bambara. L’homme qui s’attendait sans doute à cette remarque, répondit qu’il avait grandi à Niamey. Mais cela fut rapidement démenti, puisque le quidam ne savait pas le moindre mot du djerma, encore moins du haoussa ou du bouzou, les trois principales langues parlées au Niger.

L’enquête menée par les hommes de Moussa Balla Diakité a établi que celui qui se faisait passer pour un Coulibaly de Bamako, était un aventurier nigérian qui tentait de se faire établir une carte d’identité et un passeport maliens.

Pour revenir au trafic d’armes, l’on peut dire sans exagérer que la douane et la police malienne sont sur le point de démanteler un réseau de ce commerce illicite. "Sur le point" puisque l’enquête se poursuit et ce qui a été dit par des confrères et montré à la télévision nationale, n’est de l’avis de certains enquêteurs, que la partie visible d’un iceberg de grande taille. Reconnaissant que 19 pistolets mitrailleurs, 400 munitions de calibre 7,62 et 5,56 mm, 10 crosses locales, 5 bretelles, 7 chargeurs pour divers types d’armes de guerre, 1 carabine Mauser, 1 ressort récupérateur de 12/7, 25 cartouches de 12 graines, 40 munitions en vrac constituent un véritable stock d’assaut, les enquêteurs redoutent que Bamako soit en train de devenir un lieu de transaction pour les différents trafiquants d’armes de la sous-région.

UNE CARGAISON D’ASSAUT : Comment une telle prise a pu être opérée ? Grâce à la bonne collaboration entre les services de douanes et ceux de la police. Le 13 mars, les douaniers en poste à Djicoroni-para suspectent un |taxi. Ils le somment de s’arrêter, mais le conducteur refuse d’obtempérer. Une course poursuite est engagée. Au niveau de l’Agence de la BCEAO au Quartier du fleuve, le taximan se voyant sur le point d’être rattrapé, s’éjecta du véhicule et s’évapora dans la nature, imité par l’un de ses "deux clients". Le second n’eut pas le temps de prendre la poudre d’escampette et se fit coincer par les gabelous.

En fouillant le coffre arrière du véhicule, les douaniers découvrent 18 pistolets mitrailleurs de calibres 7,62 mm. Interrogé sur son identité, l’homme appréhendé dit s’appeler Yamadou Kondé né en 1978 à Balandougou dans la région guinéenne de Zerokoré. Les gabelous le conduisirent le lendemain au commissariat du 3è arrondissement. Là, après un second interrogatoire, il déclina sa véritable identité. Son vrai nom est Filanimory Konaté.

Il confia alors au chef BR, l’inspecteur divisionnaire Moussa Diarra, qu’il était venu de son pays livrer des |armes à un certain Mamadou dont il ne connaissait que le prénom et le numéro de portable. De sa Guinée natale, il aurait été envoyé par deux hommes Mohamed Sacko, vendeur de céréales à Kankan et Yacouba Keïta dont il ignore la nature de la profession. Les deux hommes étaient arrivés dans son village à la recherche d’un certain Bacary Traoré qui aurait à plusieurs reprises convoyé des cargaisons d’armes à Mamadou.

A partir des indications de Filanimory Konaté, Moussa Diarra et ses éléments se rendirent à Djicoroni-Para dans la famille d’un certain Moctar Sangaré. C’était là que le véhicule était garé avant l’arrivée de la cargaison transportée sur deux vélos. A peine Filanimory|serait-il arrivé à la gare et aurait prononcé le nom de Mamadou, que quelqu’un se serait présenté à lui et l’aurait embarqué dans un taxi pour aller récupérer les armes soigneusement cachées sur les berges du fleuve | Niger.

Chez Sangaré les policiers apprirent que les armes étaient effectivement destinées à Mamadou Samaké, commerçant d’articles en plastique au marché de N’Golonina. Les enquêteurs se rendirent chez l’homme, mais averti par un des siens, il avait déjà pris le |large. Accompagnés d’un élu municipal et d’un huissier, les policiers procéderont à la fouille de la boutique. Elle a été fructueuse. Moussa Diarra et ses éléments mirent à jour dans le commerce de Mamadou Samaké trois pistolets automatiques de marque allemande, une de marque belge, une PM américain, des munitions, des chargeurs et d’autres accessoires d’armes de guerre.

L’enquête se poursuivait encore hier lundi. Les policiers se font un point d’honneur à mettre la main sur Samaké, le destinataire de la cargaison et Traoré le conducteur de la voiture toujours en cavale. Au cours de la même journée d’hier, une délégation de l’Association des ressortissants guinéens à Bamako s’est rendue au 3è arrondissement où sont encore détenus sur ordre du procureur de la République de la Commune II, Filanimory Konaté et Bacary Traoré un de ses compatriotes et membre du réseau, sur lequel Moussa Diarra et ses hommes ont mis la main. La délégation disait vouloir avoir des informations sur ceux qui "ravitaillent le Mali".

|G. A. DICKO